La faune arctique n’est pas abondante à la manière d’un récif tropical ou d’une plaine africaine. Les animaux sont clairsemés sur d’immenses étendues et se concentrent, brièvement, là où il y a de la nourriture : à la lisière des glaces, sous les falaises à oiseaux, dans les fjords remplis de harengs. Les voir demande du temps, de la patience et souvent un bateau — et aucun opérateur honnête ne promettra une observation.
Ils vivent aussi à la limite de leurs possibilités. Un dérangement qui fait fuir un ours, provoque la débandade d’un troupeau de morses ou pousse un oiseau à quitter son œuf coûte une énergie qui ne sera peut-être pas récupérée. C’est pourquoi les règles de distance se sont durcies ces dernières années, notamment au Svalbard, et pourquoi la manière d’observer compte autant que le lieu.
Que voir, où et quand
| Animal | Meilleurs endroits | Meilleure période | Comment |
|---|---|---|---|
| Ours polaire | Côtes nord et est du Svalbard et lisière de la banquise ; Churchill, sur la baie d’Hudson ; occasionnellement l’est du Groenland et l’Arctique canadien | Juin–août au Svalbard ; octobre–novembre à Churchill | Croisière d’expédition ; véhicule de toundra à Churchill |
| Morse | Reposoirs du Svalbard ; terre François-Joseph ; côtes de la mer des Tchouktches | Juin–septembre | Sorties en bateau et débarquements de croisière, à distance |
| Baleine à bosse et orque | Fjords du nord du Troms et de l’ouest du Finnmark ; baie de Skjálfandi et Eyjafjörður en Islande ; baie de Disko | Novembre–janvier en Norvège ; avril–octobre en Islande ; juin–septembre au Groenland | Bateaux d’observation des baleines |
| Béluga, narval et baleine boréale | Lisière de banquise au large du nord de l’île de Baffin ; rivière Churchill (bélugas) ; baie de Disko (baleines boréales au printemps) ; fjords du Svalbard | Mai–juin à la lisière de banquise ; juillet–août à Churchill | Camps de pourvoyeurs ; sorties en bateau et en kayak |
| Phoques | Partout : phoques annelés et barbus sur la glace, phoques communs sur les côtes | Toute l’année | N’importe quelle sortie en bateau |
| Macareux et autres oiseaux marins | Hornøya et Gjesværstappan en Norvège ; Grímsey et Lundey en Islande ; falaises à oiseaux du Svalbard | Mai–début août | Courtes sorties en bateau ; sentiers au sommet des falaises |
| Renne et caribou | Vallées du Svalbard ; côte du Finnmark en été ; North Slope de l’Alaska et Dempster en automne | Toute l’année au Svalbard ; été et automne ailleurs | Depuis les routes et lors de marches guidées |
| Bœuf musqué | Jameson Land, dans l’est du Groenland ; Kangerlussuaq ; Dalton Highway en Alaska ; île Wrangel | Été et début d’automne | Débarquements de croisière ; observation depuis la route |
| Renard polaire | Svalbard, nord-ouest de l’Islande, Groenland, toute la toundra | Toute l’année ; blanc en hiver, brun en été | Au hasard, souvent près des falaises à oiseaux |
Aucune observation n’est jamais garantie. Les saisons se décalent d’une année à l’autre selon la glace et la nourriture.


Observation responsable : les règles qui comptent
- Gardez vos distances. Au Svalbard, la loi impose au moins 300 mètres par rapport aux ours polaires, et 500 mètres du 1er mars au 30 juin. Si un animal modifie son comportement à cause de vous, vous êtes trop près, quoi que dise la règle.
- Ne poursuivez, n’encerclez et ne coupez jamais la route. Laissez les baleines, les ours et les morses choisir de s’approcher ou non. Les bateaux doivent avancer lentement, parallèlement aux baleines plutôt que vers elles, et limiter le temps passé auprès d’un même groupe.
- Restez silencieux et baissé près des reposoirs et des falaises à oiseaux. Un troupeau de morses pris de panique peut écraser ses propres petits ; un alcidé effrayé abandonne son œuf aux goélands. Restez sur les sentiers et les aires d’observation balisés.
- Ne nourrissez pas, ne touchez pas et n’appelez pas les animaux, et ne laissez jamais de nourriture ni de déchets à la portée des renards, des ours ou des oiseaux.
- Laissez les drones à la maison, sauf autorisation explicite. Ils sont interdits dans la plupart des zones protégées et dérangent fortement les oiseaux et les mammifères.
- Nettoyez votre équipement. Brossez bottes, vêtements et sacs pour en ôter graines et terre avant chaque débarquement, et désinfectez les bottes là où on vous le demande — à la fois pour barrer la route aux espèces invasives et pour limiter la propagation de la grippe aviaire.
- Choisissez des opérateurs dotés d’un code de conduite et de petits groupes, et demandez-leur avant de réserver comment ils gèrent les rencontres avec la faune. Évitez toute sortie qui annonce des approches rapprochées garanties.
- Respectez la chasse légale. Au Groenland, au Canada et en Alaska, les communautés autochtones chassent phoques, baleines, caribous et certains ours dans le cadre de quotas. Ne perturbez pas, n’entravez pas et ne photographiez pas les chasses sans autorisation.
Ours polaires
On estime qu’il y a environ 26 000 ours polaires dans le monde, répartis en dix-neuf populations autour de l’Arctique. Ils chassent le phoque depuis la banquise, si bien qu’on les trouve le plus souvent là où la glace rencontre l’eau libre — en été, le long de la lisière du pack et dans les fjords où les fronts glaciaires retiennent la glace. La population que se partagent le Svalbard et la terre François-Joseph compte à peu près 3 000 individus.
Les moyens réalistes d’en voir un sont une croisière d’expédition estivale autour du Svalbard, où la plupart des voyages signalent des observations, généralement à grande distance, et un séjour d’automne à Churchill, dans l’Arctique canadien, où les ours attendent sur le rivage que la baie d’Hudson gèle. Depuis 2025, les règles du Svalbard tiennent navires et bateaux bien à l’écart ; emportez des jumelles et un long téléobjectif, et contentez-vous d’un ours qui se comporte naturellement, au loin.
Morses
Chassés presque jusqu’à l’extinction au Svalbard dans les années 1950 et protégés depuis, les morses y sont remontés à plusieurs milliers et fréquentent désormais des dizaines de plages. Les adultes pèsent une tonne ou plus et se nourrissent de coquillages sur les fonds marins peu profonds. À terre, ils se couchent en groupes très serrés, qui s’alarment facilement. Les visites se font à pied, en petits groupes, en arrivant sous le vent et en s’arrêtant à bonne distance, ou depuis des bateaux qui restent au large et avancent lentement.
Baleines
Trois cétacés vivent dans l’Arctique toute l’année : la baleine boréale, qui peut vivre plus de deux siècles ; le béluga, tout blanc ; et le narval, dont les mâles portent une défense torsadée pouvant atteindre trois mètres de long. Les narvals sont farouches et s’observent surtout à la lisière de banquise de la baie de Baffin et dans les fjords de l’est du Groenland. En été, ils sont rejoints par les baleines à bosse, les petits rorquals, les rorquals communs et les baleines bleues, qui viennent se nourrir dans les eaux productives de la lisière des glaces, ainsi que par les orques.
L’observation des baleines la plus accessible se pratique dans le nord de l’Islande du printemps à l’automne et au large du nord de la Norvège en début d’hiver, quand les harengs se rassemblent. Choisissez des opérateurs qui suivent les recommandations en matière d’observation des baleines, gardent des moteurs discrets et ne se pressent pas autour des animaux. La nage avec les orques est proposée en Norvège et fait débat ; les règles ont été durcies : vérifiez donc soigneusement la réglementation en vigueur et les pratiques de l’opérateur.
Oiseaux marins
Les falaises de l’Arctique abritent certaines des plus grandes colonies d’oiseaux de la planète : des millions de mergules nains et de guillemots de Brünnich au Svalbard et au Groenland, des mouettes tridactyles, des fulmars et, plus au sud, des macareux. Les sternes arctiques, qui nichent sur les plages de toute la région, migrent chaque année jusqu’en Antarctique et en reviennent : le plus long voyage du règne animal. Les oiseaux sont présents de mai environ à début août, puis disparaissent en mer.
Les colonies les plus faciles à visiter sont Hornøya, près de Vardø, Gjesværstappan, près du cap Nord, et Grímsey, en Islande. Des foyers de grippe aviaire ont entraîné la fermeture temporaire de certains sites ces derniers étés ; suivez les avis affichés sur place.
Animaux terrestres
Le renne du Svalbard, petit, court sur pattes et sans crainte, broute en plein Longyearbyen. Sur le continent, les rennes semi-domestiques appartiennent aux éleveurs samis et gagnent la côte en été ; en Amérique du Nord, leurs cousins sauvages, les caribous, migrent en troupeaux de dizaines de milliers de têtes. Les bœufs musqués, rescapés de l’ère glaciaire, sont indigènes au Groenland et au Canada et ont été réintroduits en Alaska et ailleurs. Renards polaires, lièvres arctiques, lemmings et harfangs des neiges complètent une liste courte. Il n’y a pas de manchots : ils ne vivent que dans l’hémisphère Sud.
Photographie
Avec les nouvelles règles de distance, un objectif de 400 mm ou plus est utile pour les ours et les morses, et les jumelles comptent davantage qu’un appareil photo pour repérer réellement les animaux. Le froid vide rapidement les batteries — gardez-en de rechange à l’intérieur de votre veste — et le passage d’une cabine chaude à l’air froid embue les objectifs ; laissez l’appareil dans son sac quelques minutes, le temps qu’il s’adapte. Par-dessus tout, ne laissez pas la photo décider de la distance.
Faune : questions fréquentes
Où ai-je le plus de chances de voir un ours polaire ?
Lors d’une croisière d’expédition d’une semaine ou plus autour du Svalbard entre juin et août, ou à Churchill, au Manitoba, fin octobre et début novembre. Rien n’est certain nulle part.
Y a-t-il des ours polaires en Norvège, en Islande ou à Tromsø ?
Pas en Norvège continentale ni, hormis de très rares individus égarés sur la glace dérivante, en Islande. Les ours polaires de Norvège vivent au Svalbard, à 900 km au nord de Tromsø.
Jusqu’où puis-je m’approcher de la faune ?
Seulement aussi près que la loi et l’animal le permettent. Au Svalbard, cela signifie au moins 300 à 500 mètres des ours polaires. Ailleurs, suivez votre guide et reculez si un animal réagit à votre présence.
Quand peut-on voir des macareux ?
De mai environ à début août, dans les colonies du nord de la Norvège, d’Islande et du Svalbard. À la mi-août, ils sont repartis vers le large.
L’observation des baleines est-elle nuisible ?
Pratiquée sans précaution, elle peut l’être : le bruit et l’affluence perturbent l’alimentation et le repos. Pratiquée dans le cadre d’un code de conduite qui limite la vitesse, la distance et la durée, son impact est faible, et elle donne aux communautés côtières une raison d’attacher de la valeur aux baleines vivantes.

