L’océan Arctique est une mer presque fermée d’environ 14 millions de kilomètres carrés, centrée sur le pôle Nord — à peu près une fois et demie la superficie des États-Unis, et de loin le plus petit des cinq océans. Sa profondeur moyenne n’est que d’environ 1 000 mètres, car près d’un tiers de sa surface recouvre un plateau continental, mais les bassins centraux plongent à plus de 5 000 mètres. Deux portes étroites le relient au reste du monde : le détroit de Béring vers le Pacifique, large de 85 km et profond d’environ 50 mètres, et l’ouverture bien plus vaste entre le Groenland et la Norvège, qui laisse entrer l’Atlantique.
Pour les voyageurs, le centre de l’océan est presque hors d’atteinte — seuls les brise-glaces s’y rendent. Ce que l’on visite, ce sont ses bords : un anneau de mers bordières, chacune avec son caractère, son régime de glace et sa ville d’accès. Savoir quelle mer vous avez sous les yeux explique en bonne partie ce que vous verrez.
Les mers de l’océan Arctique
| Mer | Où | Caractère | Accès depuis |
|---|---|---|---|
| Mer de Barents | Au nord de la Norvège et du nord-ouest de la Russie, à l’est du Svalbard | Peu profonde et poissonneuse ; sa partie sud-ouest reste libre de glace toute l’année grâce aux eaux atlantiques | Cap Nord, Kirkenes, Svalbard |
| Mer de Norvège | Au large de la côte norvégienne, jusqu’au Svalbard au nord | Eaux profondes et relativement chaudes qui maintiennent les fjords norvégiens ouverts en hiver ; souvent rattachée aux « mers nordiques » de l’Arctique | Tromsø, Alta et Hammerfest |
| Mer du Groenland | Entre le Groenland, le Svalbard et l’Islande | Courant froid qui charrie la banquise vers le sud le long du Groenland ; principale sortie de la glace de mer arctique | Groenland de l’Est, nord de l’Islande, ouest du Svalbard |
| Baie de Baffin et détroit de Davis | Entre le Groenland et l’île de Baffin | L’allée des icebergs : la plupart des icebergs de l’Atlantique Nord naissent sur sa rive groenlandaise | Groenland de l’Ouest (baie de Disko), Pond Inlet |
| Archipel arctique canadien | Les chenaux entre les îles du nord du Canada | Le passage du Nord-Ouest ; encombré de glace la majeure partie de l’année | Arctique canadien, en navire d’expédition |
| Baie d’Hudson | Au cœur du Canada | Une immense mer intérieure peu profonde qui gèle entièrement chaque hiver | Churchill |
| Mer de Beaufort | Au nord de l’Alaska et du nord-ouest du Canada | Lente gyre de vieille glace tournant dans le sens des aiguilles d’une montre ; ouverte le long du rivage en fin d’été | Tuktoyaktuk, Prudhoe Bay |
| Mer des Tchouktches | Entre l’Alaska et la Sibérie, au nord du détroit de Béring | Porte d’entrée peu profonde pour les eaux du Pacifique, les morses et les baleines boréales | Utqiaġvik |
| Mers de Sibérie orientale, des Laptev et de Kara | Le long de la côte nord de la Russie | Plateaux très larges et peu profonds ; l’« usine à glace » où se forme une grande partie de la banquise | Actuellement déconseillé |
| Mer Blanche | Un golfe de la mer de Barents, dans le nord-ouest de la Russie | Presque enclavée ; gèle en hiver | Actuellement déconseillé |
| Océan Arctique central | Les bassins profonds autour du pôle | Banquise permanente à la dérive, au-dessus d’eaux atteignant 4 à 5 km de profondeur | Voyages au pôle Nord |
Les géographes tracent les limites différemment : certains rattachent la mer de Norvège et la baie d’Hudson à l’Atlantique. Nous incluons toutes les mers qu’un voyageur est susceptible de rencontrer lors d’un voyage arctique.

La banquise
La banquise est de l’eau de mer gelée, à la différence des icebergs, qui se détachent des glaciers terrestres. Elle se forme chaque automne quand la surface se refroidit, s’épaissit au fil de l’hiver jusqu’à atteindre un à deux mètres, et connaît son extension maximale en mars, lorsqu’elle couvre quelque 14 à 15 millions de kilomètres carrés. Durant l’été, elle fond et recule jusqu’à un minimum à la mi-septembre. La glace qui survit à un été devient une glace pluriannuelle, plus dure et plus épaisse ; le vent et les courants brisent le pack en floes, ouvrent entre eux des chenaux d’eau sombre et l’empilent en crêtes de pression.
Depuis le début des mesures par satellite, en 1979, le minimum de septembre a diminué d’environ un huitième par décennie par rapport à la moyenne de long terme, et la glace est devenue plus jeune et plus mince. Les minima récents se sont situés autour de 4 à 5 millions de kilomètres carrés, contre 6 à 7 millions dans les années 1980. L’Arctique se réchauffe plusieurs fois plus vite que la moyenne mondiale. Pour les populations et les animaux qui vivent sur la glace et grâce à elle, c’est le fait central de notre époque ; pour un visiteur, cela signifie un embâcle plus tardif, une débâcle plus précoce et des conditions moins prévisibles que ce qu’aucun guide ne peut suivre.
Courants et climat
Des eaux atlantiques chaudes et salées remontent vers le nord en longeant la Norvège et le Svalbard — c’est pourquoi le port de Tromsø ne gèle jamais et pourquoi Longyearbyen, à 78° nord, est plus doux qu’une grande partie du centre du Canada, 2 000 km plus au sud. Des eaux froides et moins salées, ainsi que la glace, quittent l’océan principalement en descendant la côte est du Groenland. À l’intérieur du bassin, la dérive transpolaire transporte la glace de la Sibérie vers le détroit de Fram en passant par le pôle, tandis que la gyre de Beaufort tourne lentement au nord de l’Alaska. Dans les années 1890, Fridtjof Nansen fit volontairement prendre son navire, le Fram, dans les glaces pour se laisser porter par cette dérive.
La lumière
Parce que l’axe de la Terre est incliné, les régions qui entourent le pôle font face au soleil en permanence en été et s’en détournent en hiver. Le cercle polaire arctique, à environ 66°34′ nord, est la ligne où le soleil reste levé une journée entière au solstice de juin et reste couché une journée entière au solstice de décembre ; ces périodes s’allongent avec la latitude jusqu’à atteindre six mois chacune au pôle. Le soleil bas donne des heures de lumière dorée, et les longs crépuscules du printemps et de l’automne comptent parmi les grandes beautés de l’Arctique. Voir quand partir pour les dates.
Brève histoire de l’exploration
Des hommes vivent sur ces rivages depuis des millénaires ; les ancêtres des Inuits d’aujourd’hui se sont répandus de l’Alaska au Groenland il y a un millier d’années environ. Les Européens sont venus chercher un raccourci vers l’Asie. Willem Barents découvrit le Spitzberg en 1596 ; la recherche d’un passage du Nord-Ouest coûta la vie à Sir John Franklin et à ses 128 hommes après 1845 ; Adolf Erik Nordenskiöld acheva le passage du Nord-Est en 1878–1879 ; et Roald Amundsen franchit enfin le passage du Nord-Ouest à bord d’un petit harenguier entre 1903 et 1906.
Le pôle lui-même fut revendiqué en 1908 et en 1909, par Frederick Cook et Robert Peary, dans des récits toujours contestés. Les premières personnes à l’avoir vu avec certitude se trouvaient à bord du dirigeable Norge en 1926. Un sous-marin passa en dessous en 1958, et un brise-glace soviétique l’atteignit en surface en 1977. En 2019–2020, le navire de recherche Polarstern dériva avec la glace pendant un an, lors de la plus grande expédition arctique jamais montée.
Qui vit ici, et qui gouverne
Environ quatre millions de personnes vivent au nord du cercle polaire, la grande majorité en Russie et dans le nord de la Scandinavie. À peu près une sur dix est autochtone — Inuits, Iñupiat, Samis, Nénètses, Tchouktches et bien d’autres peuples. Huit États possèdent des territoires dans l’Arctique et coopèrent, avec les organisations autochtones, au sein du Conseil de l’Arctique, fondé en 1996.
Contrairement à l’Antarctique, l’Arctique n’a pas de traité unique. L’océan est régi par le droit de la mer : les États côtiers contrôlent les eaux jusqu’à 200 milles marins de leurs côtes, et le bassin central, au-delà, relève de la haute mer. Un accord international en vigueur depuis 2021 y interdit la pêche commerciale tant que ses écosystèmes ne seront pas mieux connus.
Voir l’océan de ses propres yeux
La vue la plus simple sur les eaux libres de l’Arctique est celle du cap Nord. Pour la banquise à la dérive, prenez un bateau ou une croisière d’expédition depuis le Svalbard ; pour les icebergs, allez dans la baie de Disko ; pour tremper la main dans l’eau au bout d’une route, roulez jusqu’à Tuktoyaktuk ; et pour le pack lui-même, jusqu’à 90° nord, voyez la page Pôle Nord.
Océan Arctique : questions fréquentes
L’océan Arctique est-il gelé toute l’année ?
Non. Sa partie centrale est couverte de glace à la dérive toute l’année, mais les mers bordières sont en grande partie libres en été, et certaines parties de la mer de Barents et de la mer de Norvège ne gèlent jamais.
Quelle est la différence entre la banquise et un iceberg ?
La banquise est de l’eau de mer gelée, épaisse de quelques mètres tout au plus. Les icebergs sont des morceaux de glace de glacier, d’eau douce, qui se sont détachés dans la mer et peuvent s’enfoncer sur des centaines de mètres.
Peut-on se baigner dans l’océan Arctique ?
Brièvement. L’eau de surface se situe entre environ moins 1,8 et plus 8 °C en été. Les « plongeons polaires » sont une tradition à bord des navires d’expédition ainsi qu’à Tuktoyaktuk et à Prudhoe Bay — toujours surveillés et très courts.
L’océan Arctique deviendra-t-il libre de glace ?
La plupart des projections scientifiques prévoient les premiers mois de septembre sans glace dans les décennies à venir, le calendrier dépendant des émissions futures. La glace d’hiver continuera de se former.
Y a-t-il de la terre au pôle Nord ?
Non. Le pôle se trouve au milieu de l’océan, sur une glace mouvante, au-dessus d’eaux profondes de plus de 4 000 mètres.

